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Les élections municipales à l’ombre du vignoble


Emmanuel Pierrot/Agence VU pour « Le Monde »

L’incident remonte à mai 2014, quand deux châteaux en appellation côtes-de-bourg traitent des vignes à proximité d’une école de Villeneuve (Gironde). Une vingtaine d’enfants et une enseignante sont pris de malaise. Les deux domaines, l’un en bio et l’autre en conventionnel, sont poursuivis en justice. Ils sont relaxés en avril 2019. Mais l’affaire n’est pas terminée, le parquet de Bordeaux ayant fait appel. Elle rebondit même à l’occasion des élections municipales qui se profilent dans ce village de 400 âmes.

La maire de Villeneuve, Catherine Vergès, est l’un des deux viticulteurs mis en cause. Elle se représente pour un troisième mandat. « Parce que je suis née ici, que j’aime mon village et que cette histoire est derrière nous. Même si ma position peut sembler délicate. A l’époque, certains ont dit : “La maire a sulfaté et intoxiqué”, des associations se sont engouffrées et les médias en ont rajouté », confie-t-elle. Mais une autre liste, « Villeneuve autrement », s’apprête à briguer les suffrages le 15 mars, qui entend « redorer le blason du village abîmé après l’épisode de 2014 ». Pour un des colistiers, conseiller municipal sortant, Michel Laferrière, « il faut du changement, ne pas confondre le rôle du maire et la place du viticulteur et, surtout, tourner Villeneuve vers le zérophyto, la permaculture… »

Cet exemple dit deux choses. D’abord, que des vignerons sont aussi maires, surtout dans les villages ou petites communes, où les clivages politiques sont bien moins décisifs que la passion et la connaissance du terrain. Il existe même une Association nationale des élus de la vigne et du vin, qui compte environ 65 % de maires parmi ses adhérents. Son coprésident, Philippe Huppé, député (LRM) de l’Hérault, fut maire d’Adissan de 2008 à 2017.

Une ruralité qui rétrécit

Il semble néanmoins, même s’il n’existe pas de chiffres précis, que les vignerons soient moins impliqués qu’au siècle dernier dans la gestion des communes. « On observe une raréfaction du milieu agricole dans les conseils municipaux, liée à l’extinction de cette activité, mais aussi à la concentration des exploitations », explique Cédric Szabo, directeur de l’Association des maires ruraux de France (AMRF).

L’histoire de Villeneuve dit aussi comment la vigne, présente dans les deux tiers des départements, peut s’inviter aux élections municipales. Le sujet qui revient le plus souvent, qui fait bien plus débat que conflit, est celui de la cohabitation, parfois sensible, entre vignerons et habitations. Logique. La ruralité se rétrécit, nombre de domaines autrefois isolés voient pousser autour d’eux des maisons, lotissements ou écoles. Aussi, à partir du 1er juillet, les domaines devront respecter une zone de non-traitement à côté des habitations, qui, selon les produits utilisés, varie de 5 mètres à 20 mètres.

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