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« On ne parle plus ici de casse économique, mais de casse humaine » : le champagne confronté à une crise historique


Les Champenois ont beau chercher dans leurs registres, jamais leur vin à bulles n’avait vécu une crise aussi brutale depuis plus d’un siècle. Tout ce qui appelle à le convoquer s’est arrêté depuis la pandémie : les événements, rassemblements, dîners au restaurant, fêtes d’anniversaire, mariages… « L’état d’esprit du champagne, la légèreté et la célébration, n’est plus celui des Français actuellement », constate Anne Malassagne, propriétaire des champagnes AR Lenoble. Les premières évaluations sont abasourdissantes : jusqu’à – 80 % des ventes en France pendant le confinement, – 60 % pour les expéditions dans le monde.

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La reprise est timide. Dans le vignoble, désormais, il faut tenter d’évaluer les pertes de vente sur l’année. Car ce qui n’a pas été bu ne le sera jamais. Il n’y a pas de rattrapage possible. « Nous avons communiqué une estimation, ce qui est rare, mais il fallait envoyer un message au gouvernement. Soit une baisse de 100 millions de bouteilles, 30 % de moins que les années précédentes », précise Thibaut Le Mailloux, directeur de la communication du Comité Champagne, qui regroupe vignerons et grandes maisons.

A l’échelle d’un vignoble, c’est un effondrement. La dernière crise historique du champagne datait de 1974, avec une chute de (seulement) 15,4 % des ventes. Pour limiter les dégâts, le vignoble va utiliser un mécanisme très particulier, qui lui est propre. Plutôt que de tenter de vendre ce qui a été produit, les 16 000 vignerons et 300 maisons de champagne s’adaptent en amont au marché. Autrement dit, ils décident collectivement de la quantité de vendange, à venir fin août et début septembre, afin d’éviter un trop-plein, qui conduirait à des stocks coûteux, des déstockages agressifs, des promotions et une dévaluation du produit.

Un délicat rendement maximum

Mais cela pose un problème : les maisons achètent les trois quarts de la vendange à des vignerons qui possèdent des vignes mais ne font pas de champagne. En réduisant la production de bouteilles, ces derniers vont souffrir. « Il y a un point d’équilibre à trouver, un rendement unique pour tous et qui sauvegarde les intérêts de chacun », commente Thibaut Le Mailloux. Ce très délicat rendement maximum autorisé sera décidé le 22 juillet. Il sera lourd de conséquences.

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En moyenne, sur la dernière décennie, il était de 13 500 kg de raisins par hectare. Mathématiquement, il faudrait le fixer en dessous de 9 500 kg pour retrouver un équilibre sur les volumes. Mais la viabilité économique devient alors très fragile pour beaucoup. « Selon moi, le modèle ne peut pas survire, à terme, en dessous de 10 000 kg l’hectare, affirme Maxime Toubard, président du syndicat des vignerons et coprésident du Comité Champagne. On va faire le maximum pour ne laisser personne sur le carreau. On ne parle plus ici de casse économique mais de casse humaine. »

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