Passion Vin

Robert Guédiguian : « Si, dans un film, on ne boit pas, alors on ne parle pas »


A 66 ans, le cinéaste, scénariste et producteur Robert Guédiguian a conservé ses colères, ses engagements et ses tendresses. Alors que le tournage de son vingt-deuxième film, Mali Twist, était interrompu au Sénégal par la pandémie de Covid-19, il est retourné dans sa petite maison de Montreuil (Seine-Saint-Denis), avec sa compagne et actrice fidèle, Ariane Ascaride. Il raconte son confinement et dit la place du vin dans la convivialité, moteur de son œuvre.

La crise sanitaire vous a surpris au Sénégal, alors que vous tourniez un film sur la période de décolonisation au Mali. Comment avez-vous passé ces derniers mois ?

Bien, je vais bien. Nos conditions de confinement à Montreuil étaient plutôt bonnes comparées à d’autres. D’un côté, les journées passaient vite, j’aime bien boire, préparer des petits plats. Et j’ai eu grand plaisir à cuisiner « flexitarien », comme on dit, avec parfois du cabillaud, du boudin, des plats simples. Ariane m’a fait remarquer que nous avons mangé ensemble chaque jour durant deux mois « et que cela n’était pas arrivé depuis cent ans ! ». C’est vrai.

Je me suis occupé et j’ai lu, relu des ouvrages plutôt théoriques, politiques, des livres que j’avais annotés plus jeune, c’était amusant. J’ai aussi relu des poètes, Eluard, Aragon, Octavio Paz… des livres dont les pages se détachaient tellement je les avais ouverts. Et j’ai suivi, bien sûr, l’actualité.

D’un autre côté, c’était horrible pour moi, qui suis hyperactif – un film tous les deux ans, comme metteur en scène et producteur –, de me sentir ligoté. Je voulais avancer sur mon film et on me retenait, sans que je puisse faire grand-chose. J’ai même eu des moments de panique quand je me suis aperçu que je ne pensais plus au film. Je me demandais « Où est-il ? ».

Justement, il est où, ce film ?

Au Sénégal. On a préparé ce tournage durant trois mois, de décembre à février, et on n’a tourné que trois semaines, jusqu’au 15 mars, avant le début du confinement et l’interdiction des autorités de continuer. Je suis rentré et c’était le début du confinement en France et je n’ai plus quitté Montreuil. Cela représente en gros un tiers du film. En quittant, on a tout remballé, rapatrié une partie du matériel et on a dit au revoir aux Sénégalais, les deux tiers de l’équipe du film. On ne savait pas quand on se reverrait. Le plus simple était de tout reporter, car pour reprendre, il faut d’abord que cette saloperie d’épidémie soit finie. On a prévu de redémarrer début novembre.

Il vous reste 75.84% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Lire l’article sur le site source

Articles Similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *